Une réflexion m'est venue dernièrement en cherchant un exemple de
société commerciale basant son activité sur une application permissive
de son droit d'auteur, en dehors de l'informatique libre ou même de
l'informatique où ces choses sont monnaies courantes.
Je pratique assez régulièrement les jeux de stratégie (les vrais, où
on pousse des bouts de carton sur un plateau) et parmi ceux-ci,
ASL,
vénérable ancêtre du jeu de stratégie et développé sous licence Hasbro
par la société MMP. Pour la petite histoire, ce jeu a été créé pour
sa première version en 1977, a connu son essort dans les années 80
puis comme la plupart des jeux de stratégie sur plateau a souffert de
la montée des jeux vidéos jusqu'à devenir assez confidentiel. Il faut
dire que pour jouer, il faut acheter un classeur de règles, lire au
minimum plusieurs dizaines de pages écrites petit et débourser disons
200 bons euros pour acheter quatre ou cinq
extensions
nécessaires. Inutile de dire que c'est assez dissuasif.
Puis vient
VASL, un logiciel libre
permettant de jouer à ASL par internet en déplaçant des pions sur une
carte virtuelle. Ce qui est très intéressant est que VASL contient
tout ce qu'il faut pour jouer à ASL sans rien acheter d'autre que le
classeur des règles (et encore) : les cartes, les pions et les
scénarios originaux numérisés.
Là où beaucoup de sociétés commerciales auraient attaqué le créateur
de ce logiciel, ni MMP ni Hasbro ne le font pour leur plus grand bien
car la popularité de VASL a permis à de nombreux joueurs de découvrir
le jeu, de trouver des partenaires et ensuite d'en acheter la version
physique. Aujourd'hui, ASL est un jeu dont le succès va grandissant
et il a fort à parier qu'en s'arrogeant une plus grande part du
gâteau, MMP se serait retrouvé avec une part moisie de la taille d'une
miette.
Qu'on ne se trompe pas, ni MMP ni Hasbro ne renoncent à leur droit
d'auteur. Pourtant, en renonçant à l'appliquer de manière stricte,
ils ont développé une communauté d'utilisateurs passionnés et
certainement sauvegardé leur activité. Leurs utilisateurs n'achètent
t'ils plus leurs créations parce qu'elles sont gratuitement
téléchargeables ? Non, au contraire !
Bref, c'est un bon exemple que certaines industries devraient suivre
(suivez mon regard) et à mon sens une preuve que l'application
extrémiste forcenée du droit d'auteur telle qu'on la voit un peu
partout actuellement est loin d'être une réponse universelle.
Si d'autres personnes ont de bons exemples de sociétés hors de
l'informatique ayant réussi à développer leur activité en appliquant
de manière très permissive leur droit d'auteur (pas forcément en accord
avec la stricte définition du libre), je suis preneur.